Pourquoi ce que vous savez n’est-il pas suffisant ?

On en entend beaucoup parler en ce moment. On découvre lentement mais sûrement les rouages de la "culture du viol" dans laquelle on vit. Certains rideaux tombent. On s'avoue enfin que le viol n'est pas uniquement l'affaire de couches sociales particulières, mais qu'il les touche bien toutes sans exception. On s'avoue enfin que les personnes qui violent ne sont pas des êtres fous tapis dans l'ombre de ruelles sombres, dans l'attente d'une victime solitaire. Ce sont majoritairement des hommes (ils représentent 99% des personnes condamnées pour violences sexuelles), connus de la victime (dans 91% des cas d'après le HCE[1]), famille, collègue ou professeur, ami ou conjoint. On s'avoue enfin que beaucoup de violences sexuelles sont commises sans violence physique préalable, mais sous l'effet de surprise, sous contrainte émotionnelle, sous la menace, ou encore par épuisement psychologique de la victime.

Cette culture est construite et perpétuée par nous tous·tes, ensemble au sein de la société. Notamment par la valorisation/impunité du viol dans les médias et les représentations sociales et culturelles[2]. Mais aussi par la diffusion d'idées erronées sur la psychologie, la physiologie, l'identité de genre et l'identité sexuelle[3].

Cet article est une liste non exhaustive des choses que j'aurais dû savoir dès l'enfance, ou au moins à l'adolescence. Bien évidemment, je suis bien loin de tout comprendre dans ce domaine. Je continue à apprendre tous les jours et dans quelques mois cet article me semblera certainement bien léger.

Pourquoi ce que vous savez n’est pas suffisant? -- Parce que la culture du viol est toujours là.

Ce que l’on ne vous avait pas dit ?

Malheureusement, bien des jeunes personnes, qui entrent dans l'adolescence, qui démarrent une vie sexuelle, n'ont pas les connaissances de base pour une sexualité saine. Voire souvent des idées fausses, entravantes, de ce que leur sexualité devrait être. Bien sûr on nous a tous·tes dit un jour: "ton corps c'est ton corps, si une grande personne veut le toucher et que tu n'en as pas envie, tu dois dire non, te défendre, le dire à un adulte de confiance, crier, courir, etc.". Mais personne ne vous a prévenu que la menace viendrait des gens que vous aimez, ou des personnes qui ont de l'autorité sur vous. Personne ne vous a dit comment l'agresseur s'y prendrait. Par surprise, par manipulation ou mensonge, en vous faisant culpabiliser, ou encore en jouant sur votre fatigue psychologique. Personne ne vous a parlé des réactions du corps et du cerveau dans ces instants de stress intense. Alors lorsqu'ils surviennent vous ne les reconnaissez pas.

Ce qu'on ne vous avez pas dit? -- Comment reconnaître une situation de violence sexuelle.

Ce que vous ignorez savoir ?

Ce qui est inconnu de nous est l'expérience en elle-même, et non pas notre attirance vers cette expérience.

Va t-on aimer l'expérience ? Il y a peu de chance que l'on apprécie si on n'en a pas envie, surtout pour une expérience liée à la sexualité. Développez votre curiosité, ne la forcez pas.

Il y a tant de choses que vous n'avez jamais faites, et pourtant vous savez pertinemment, au fond de vous, si vous avez envie de les expérimenter ou non. Vous savez si vous avez envie de

sauter en parachute pour la première fois de votre vie. Vous savez si vous avez envie de partir en voyage dans ce pays étranger afin découvrir cette culture qui vous est inconnue. Vous savez si vous souhaitez goûter ce mets exotique dont vous n'aviez jamais entendu parler. Vous savez si vous désirez apprendre à connaître cette personne que vous venez de rencontrer.

Avoir envie est un mélange de curiosité, d'enthousiasme et de certitude.

Ainsi, aucune de ces phrases n'est valable :

"Tu ne peux pas savoir si tu as envie puisque tu n'as jamais essayé !"

"Mais ton corps réagit à la stimulation, tu en as donc envie !"

"Le seul moyen de savoir si tu en as envie c'est d'essayer. "

"Si tu n'en as pas envie, c'est que tu ne m'aimes pas."

"À 'X' ans cela n'est pas normal de pas en avoir envie.
Tu dois certainement être cassé·e."

Ce que vous ignoriez savoir? -- Le plus important: ce dont vous avez envie.

Ce dont vous êtes coupable ?

Il est évident que vous savez ce dont vous avez envie, et ce quel que soit votre âge. Personne d'autre que vous ne le sait. Ni votre corps, ni votre âge, ni votre partenaire, ni vos parents, ni vos ami·e·s, ni votre psy. Vos émotions sont des drapeaux, levés par votre cerveau pour vous renseigner sur ce qui est bon ou mauvais pour vous. Ne les ignorez pas, écoutez-les, questionnez-les. Donnez-leur raison quand une situation vous semble anormale ou qu’elle va à l’encontre votre volonté. Et ce, qui qu'en soit la cause. Car vous n'êtes pas coupable de vos refus. La culpabilité est pour celui ou celle qui ne les respecte pas.

Ce dont vous êtes coupable? -- De rien.


HCE : Haut Conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes. ↩︎

La BD de Mirion Malle, Commando Culotte, explique très bien certains mécanismes du sexisme au cinéma et dans les séries télévisées. ↩︎

Le livre Come As you Are, d'Emily Nagoski, dément plusieurs de nos croyances absurdes sur les femmes et leur sexualité ↩︎