Ce samedi 23 novembre 2019, nous avons brandi nos panneaux et notre courage pour aller dénoncer les violences faites aux femmes ici et ailleurs. Pour certain(e)s d’entre nous ce fut une première, pour d’autres, une manifestation de plus dans leur lutte militante. Nous voulions vous parler de ce que sortir dans la rue signifiait pour nous.

Lou :

“C’était la première fois que je participais à une manifestation en général. Même si parfois je me suis sentie concernée ou en accord avec les messages défendus lors de certaines marches, je ne suis pas très forte pour la colère et les revendications. J’ai toujours l’impression de ne pas être parfaitement à ma place, et d’avoir le droit d’exprimer haut et fort dans la rue que je ne suis pas d’accord. J’essaye le plus souvent de faire passer le message autrement, comme je le peux (discussions, articles, événements…), car je préfère quand je sais de quoi je parle. Cette fois-ci j’ai sauté le pas, cela me semblait être le bon combat, je savais ce pourquoi j’allais dans la rue. Les idées que je défendais étaient claires et je savais comment les argumenter.

Il y avait énormément de monde. Hommes, femmes, familles entières. J’ai été touchée de voir qu’autant de gens étaient avertis et se sentaient concernés par cette cause. Nous y avons rencontré une femme qui nous a parlé de son combat en justice, contre un ancien mari violent, mais aussi magistrat. Il avait réussi à l’éloigner de son enfant, et reste aujourd’hui impuni grâce à son statut au sein des institutions judiciaires. Les violences sont partout. Même dans les pays comme la Suisse, qui protègent légalement les femmes. L’arrivée de lois ne suffit pas parfois. Il faut qu’elle s’accompagne de la mesure de la gravité des gestes et des paroles de violence, qui sont bien souvent banalisés dans notre société. Parcourir les rues ensemble nous a permis de rappeler à toustes que ces actes sont tout sauf normaux.”

Pauline:

“Les manifestations sont quelque chose de récent dans mon militantisme. J’ai commencé avec la grève du climat, puis la grève des femmes et finalement la marche contre les violences. Je peux dire que celle qui m’a le plus marquée était la grève des femmes* du 14 juin 2019. Ce jour-là, en marchant dans la rue, je me suis sentie intimement liée avec toutes les femmes que je croisais qui portait une touche de violet, ou le badge. D'ordinaire dans un environnement où mes convictions sont souvents questionnées, je me sentais ce jour-là comme faisant parti d’une puissance armée (calmez-vous, pas une armée qui va cramer des hommes cis) bienveillante et déterminée.

Pendant le cortège, ce fut encore plus fort. Je me vois débarquer à 16h45 sur une place Saint(e)-François(e) débordante de violet. Des femmes de tous âges, je crois que je n’avais jamais vu autant de femmes d’un coup. C’était tellement beau.
Avec quelques copines, on s’était décidées à sortir un peu de notre zone de confort et à intégrer le cortège seins-nus. Cette expérience mériterait peut être un article à elle seule. Cela m’a de manière très concrète beaucoup appris. J’ai beaucoup appris sur la diversité des corps, des poitrines, je me suis rendue compte que la “norme” n’avait de norme que le nom. Tout le monde était tellement différent et très soudé pourtant.

Lors de cette manifestation, mon militantisme a pris un aspect festif inédit. Sur la place de la Riponne nous avons dansé, chanté, inventé des slogans, ri, eu mal aux pieds (là, l’aspect festif est un peu moins flagrant, j’admets).

C’était fou, c’était fort, et ça faisait du bien.”

Marijn:

“J’ai malheureusement raté la marche de la grève des femmes* du 14 juin l’année passée. C’est notamment pour cette raison que j’ai été d’autant plus motivée cette fois-ci à pouvoir témoigner de ma frustration et de ma colère face à la situation. En Suisse, une personne meurt de violences conjugales toutes les deux semaines, et il s’agit d’une immense majorité de femmes (90% des victimes). Les étudiantes de l’EPFL ne font pas partie d’un petit cercle privilégié face aux discriminations de genres. C’est pourquoi ce fut d’autant plus important pour moi de pouvoir manifester et de les représenter ce jour-là. Au début de la marche, je n’osais pas vraiment exprimer à pleins poumons mon désaccord. Avec le soutien de la foule grandissante, j’ai fini par me permettre de crier, cela fut libérateur. Pendant la marche, nous avions remarqué deux vieux messieurs. Ils encourageaient le mouvement en brandissant des pancartes. Cela m’a beaucoup touchée. L’atmosphère lors de l'événement donnait le sentiment de ne pas être seules dans ce combat. La cohésion des femmes et des alliés était presque palpable. Même si j’espère que l’on arrive à une situation où ces marches n’auront plus de raison d'être, je suis déjà prête pour les prochaines.”